Portrait
Dans la salle de bain de Charlotte Gomez de Orozco, fondatrice du Hoy
Véritable artisane du mieux-être, Charlotte Gomez de Orozco transforme l’holistique en art de vivre. Fondatrice du HOY, le premier hôtel yoga à Paris, elle cultive l’idée que l’art de prendre soin de soi réside dans l’instant présent, et qu’un hôtel peut être bien plus qu’un simple refuge, mais un lieu pour soi et sa sérénité. Rencontre avec cette hôtelière dont la vision du bien-être est aussi inspirante que singulière.
"Ce que j’aime finalement, c’est créer des lieux et réfléchir à ce qu’ils vont faire ressentir aux gens. Je crois que c’est le fil conducteur de tout ce que je fais.”
HOY signifie « aujourd’hui » en espagnol, et tu as voulu en faire un message fort sur le pouvoir du moment présent…
“Être dans le moment présent est finalement une quête très ancienne. On la retrouve dans énormément de traditions spirituelles et philosophiques. Les stoïciens, par exemple, nous rappellent sans cesse de distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, et de ramener notre attention à ce que nous pouvons réellement vivre et faire maintenant.
Aujourd’hui, je trouve cela encore plus difficile. Nous sommes sollicités en permanence. On regarde notre téléphone en marchant, on répond à un mail en mangeant, on pense à demain pendant qu’on vit aujourd’hui. On est dans une course permanente vers davantage, et on finit parfois par ne plus vraiment voir ce qui nous entoure. HOY a été pensé pour créer l’effet inverse.”
“Je ne crois pas qu’il existe une seule bonne façon de prendre soin de soi. HOY est plutôt là pour offrir plusieurs portes d’entrée et permettre à chacun de découvrir ce qui lui fait réellement du bien.”
Comment cette philosophie se traduit-elle concrètement dans le quotidien de l’hôtel ?
“Mes crises d’angoisse m’ont probablement appris une chose essentielle : le mental et le corps ne sont pas deux choses indépendantes. Ce que nous entendons, ce que nous regardons, ce que nous sentons, ce que nous mangeons, la lumière dans laquelle nous évoluons, la manière dont nous bougeons notre corps… tout cela participe à notre état. Je pense qu’être dans un lieu beau, calme et pensé pour nous est important. Cela ne règle évidemment pas tous nos problèmes, mais cela peut créer les conditions nécessaires pour ralentir et revenir à soi.
C’est d'ailleurs pour cela que le bien-être chez HOY n’est pas cantonné à une salle de yoga ou de soins. Il commence par la chambre et son aménagement feng-shui. Il n’y a d'ailleurs pas de télévision dans les chambres. Nous avons volontairement limité les éléments électroniques visibles : des téléphones à l’ancienne, une barre d’étirements dans les chambres, pas d’enceinte électronique mais un dock en céramique qui amplifie naturellement le son du téléphone.Il y a aussi énormément de plantes. Il continue dans l’assiette avec une cuisine entièrement végétale, dans le mouvement avec le yoga, le Pilates et le renforcement, puis dans nos Care Rooms.
L’odeur joue aussi beaucoup. Ponctuellement, nous faisons brûler du palo santo. L’odorat est très intimement lié aux circuits cérébraux impliqués dans les émotions et la mémoire. Une odeur familière ou agréable peut donc devenir une sorte d’ancrage : elle peut faire remonter un souvenir, modifier notre état émotionnel et, surtout, nous ramener très rapidement à ce que nous sommes en train de vivre. Et puis HOY est volontairement un lieu ouvert. On peut y passer une journée sans être obligé de courir d’un endroit à l’autre. Pour être dans le moment présent, il faut d’abord être capable de s’arrêter."
Comment as-tu enrichi ta philosophie du bien-être au fil de tes expériences ?
“Aujourd’hui, je vois le bien-être en trois dimensions : le bien-être physique, comment je nourris mon corps, comment je bouge, comment je dors, comment je respire ; le bien-être mental — est-ce que je suis sereine ? Est-ce que je suis constamment stimulée ou est-ce que je sais encore m’arrêter ?; puis le bien-être énergétique. C’est probablement celle que j’ai le plus découverte ces dernières années. Est-ce que j’écoute réellement les signaux que mon corps m’envoie ? Est-ce que je sais reconnaître ce qui me donne de l’énergie et ce qui m’en prend ?
Au fil de mes expériences et surtout des praticiens que j’ai rencontrés grâce à HOY, ma vision est devenue beaucoup moins dogmatique. Je trouve passionnant de faire dialoguer des pratiques très anciennes avec ce que la science moderne nous apprend aujourd’hui sur le stress, le sommeil ou le système nerveux. Je ne crois plus beaucoup aux recettes universelles. Le bien-être, pour moi, c’est surtout apprendre à suffisamment se connaître pour comprendre ce dont on a besoin à un moment précis.”
Quel est le meilleur conseil beauté qu'on t'ait donné ?
“Probablement d’apprendre à écouter mon corps avant qu’il soit obligé de crier. Pendant longtemps, j’ai eu tendance à pousser, à faire davantage, à continuer même lorsque j’étais fatiguée ou stressée. Mes crises d’angoisse ont été une manière assez brutale de comprendre que le corps finit toujours par nous envoyer des signaux. Aujourd’hui, j’essaie de ne plus attendre d’aller mal pour prendre soin de moi.
Et, de manière beaucoup plus concrète, je me suis récemment inscrite aux « 40 conseils de médecine chinoise » de Jean Pélissier. Je reçois une vidéo par semaine autour de principes issus de la médecine traditionnelle chinoise et de gestes très simples à intégrer au quotidien. Ça m’aide à me reconnecter à mon corps en prenant soin de lui. J’y ai par exemple découvert une pratique de petits sauts ou rebonds quotidiens et des gestes destinés à stimuler la circulation lymphatique. Depuis, il se passe rarement une journée sans que j’en fasse quelques-uns. Ça peut paraître tout bête, mais j’adore l’idée que prendre soin de soi puisse aussi commencer par trente secondes au milieu de sa salle de bain !"
“Le bien-être ne devrait pas être quelque chose que l’on ajoute à son agenda lorsqu’on est déjà épuisé. Il devrait faire partie de la manière dont on construit son quotidien.”
Est-ce que ton rapport à la beauté a changé depuis l'ouverture de HOY ?
“Énormément. Avant, je faisais beaucoup de sport avec une motivation essentiellement esthétique. Après mes crises d’angoisse, cette préoccupation est devenue beaucoup moins importante. J’ai commencé le yoga non pas pour transformer mon corps, mais parce que j’avais besoin de me sentir mieux dans ma tête.Cela a complètement changé mon rapport au mouvement. Je ne fais plus de sport en me demandant uniquement ce que mon corps va devenir visuellement. Je me demande : comment vais-je me sentir après ? Plus calme ? Plus énergique ? Plus forte ? Plus claire mentalement ?
Aujourd’hui, ma conception de la beauté est beaucoup plus liée à la vitalité. On voit énormément sur un visage quand quelqu’un dort bien, mange bien, bouge, est heureux, se sent aligné. Quelqu’un qui a de l’énergie, qui est présent, qui se sent bien dans son corps dégage quelque chose qu’aucun produit ne peut véritablement recréer.”
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