Portrait

Dans la salle de bain de Laszlo Badet

Pour Laszlo Badet, la beauté se trouve dans les gestes du quotidien : dans la précision d’un plat, dans le pli d’un tissu, dans le rituel simple d’une salle de bain. Cheffe, directrice artistique et ancienne petite‑main, elle transforme chaque instant en un art délicat, où soin de soi et d’autres, et poésie se répondent. Entrer dans son univers, c’est se glisser dans un moment suspendu, à la frontière entre le quotidien et l’inspiration. Rencontre avec cette artiste plurielle au don pour la beauté sous toutes ses formes. 

Dis-nous tout sur toi

“Je m’appelle Laszlo. J’ai grandi en Suisse, dont je suis originaire, et je réside désormais à Paris dans le 11ème arrondissement. Mon quotidien s’articule entre différents métiers de main, mais principalement ceux de la cuisine et de la couture. Il y a cinq ans, j’ai créé Cantine Laszlo, un service traiteur qui lie, à travers le bon goût des choses, la création de grandes tables, des menus cuisinés uniquement avec des produits de saison, un regard artistique pour créer des moments uniques."

"L’ensemble de mon travail forme aujourd’hui, en toute harmonie, une marque de fabrique authentique, un style pour les belles choses simples de la vie, avec une cuisine traditionnelle et familiale, où l’image et le fait main sont au centre de la table. Entourés d’un cercle de créateurs, de saison en saison, nous sublimons des événements de plus en plus grands : mariages, lancements de produits, conseil ou création de supports pour les médias. Je m’adonne avec passion à tout ce qui fait les pourtours de l’art de recevoir.” 

"La beauté demande une présence immense, elle demande d’être consciente, douce, lucide. C’est une manière d’habiter son corps avec tendresse, intelligence, mesure."

Mannequin, couturière, cheffe cuisinière… Comment chacune de ces expériences a-t-elle  façonné ta manière de prendre soin de toi et ta vision du bien-être ? 

"Je cherche le merveilleux dans chaque chose » comme disait Remedios Varo. Lorsque j’ai changé de carrière, cela m’imposait de quitter définitivement un lieu mais aussi une  forme de travail. Au bout d’une dizaine d’années de CDI, je réalisais avec recul que cet idéal  professionnel auquel j’avais tant donné se refermait autour de moi. Mes supérieurs, incompréhensifs  face à mon envie de pousser les murs, m’enfermaient, stigmatisée par cette grande entreprise. J’ai dû tourner une page, entre peur et courage. Suffisamment sage pour me connaître, j’ai puisé en  moi d’autres ressources pour simplement continuer à créer ailleurs. Je suis une femme passionnée, j’aime la rigueur, le travail soigné et, plus que tout, la beauté  intérieure des gens.

Ces trois métiers sont arrivés les uns après les autres, avec une règle d’or : ne jamais arrêter mes mains de s’articuler, mon esprit de s’enrichir et mes yeux de voir de belles choses.  Je ne me suis jamais retenue d’être libre, d’être bien. Lorsque j’ai décidé d’étudier mon métier de  couturière au lieu d’entrer dans de grandes écoles, lorsque j’ai quitté la Suisse seule pour venir à  Paris, lorsque je me suis lancée sans rien connaître aux réseaux, lorsque j’ai créé ma société Cantine Laszlo… Toutes ces fois où j’ai pris soin de moi et de mon bien-être malgré ma folle envie d’en faire beaucoup.”

Parle-nous de la vision de la beauté

“La beauté est une chose solennelle, une question de regard. C’est quelque chose qu’on ne finit jamais de comprendre. Jean Cocteau disait : « La beauté du visage est un silencieux dialogue. ». Ma beauté se lit bien plus dans mes gestes que dans mes traits. Mes mains sont mon plus beau sourire. Ayant commencé très jeune à travailler, à façonner le monde avec mes mains, j’ai longtemps cru que j’étais en avance sur le temps, comme si je me donnais jour et nuit une immense liberté pour  réaliser tout ce que je voulais. Puis, presque subitement, à l’approche de mes trente ans, puis à trente et un, puis à trente-deux, j’ai ressenti comme une pression sourde. Une société pressée, elle, me soufflant que peut-être j’avais  pris du retard, que je n’avais pas fait certaines choses, pas compris assez vite, ou peut-être trop donné ailleurs.

"Cette beauté intérieure qui m’a toujours guidée s’est trouvée ébranlée, presque mise en péril, comme si je n’étais plus dans l’ère de mon temps, ni dans celle du pays où je vis, ni dans celle de la  famille que j’aime et que je construis. Il m’a fallu du temps pour comprendre. Du temps pour écouter. Et je crois que c’est aujourd’hui devenu une part entière de mon travail : me sentir en accord avec la beauté que je vis, que je crée, et  surtout me rappeler que j’ai tout le temps. Il n’existe ni âge parfait ni moment idéal.  Il ne faut pas se laisser prendre par cette tension du temps, cette torsion qui le rend soudain moins élastique. Seul toi-même peux lui donner son rythme, en te faisant confiance dans la justesse de la vie.” 

Quels sont les indispensables de ta salle de bain ? 

 “Une crème qui sent les herbes fraîches des montagnes suisses. Susanne Kaufmann en est l’experte. Un fond de teint léger, fluide, avec un bon pinceau, Victoria Beckham a le meilleur choix avec son Foundation Drops.  Un mini-peigne à sourcils pour brosser et densifier le poil, j’adore celui de la marque Ilia : le In Frame Brow Gel.  Les masques au collagène, le Collagène en Poudre Combeau... Sans hésiter. Les brosses La Bonne Brosse !

 

Et puis quelques autres chouchous comme : 

Et tes rituels pour ton bien-être ? 

“Prendre le grand air, avoir chaud, marcher, même sous la pluie, manger de belles choses, bonnes, riches, diversifiées. S’autoriser des rituels et parfois les défaire, ne pas s’en soucier. Se sentir bien même lorsqu’on rate quelque chose. Ma beauté est avant tout ce qui se passe en moi, puis mon corps en devient l’expression.  Mon regard sur cette beauté est moins sévère qu’il ne l’a été. Trop longtemps je l’ai été, trop dure parfois, trop malmenée par un monde qui impose beaucoup. Aujourd’hui, je me considère belle si en moi tout va bien, si mon entourage me renvoie en miroir leur beauté à la mienne. Je suis extrêmement sensible à la vérité du monde. Je ne chasse rien, rien n’est mystérieux lorsque  les choses se dévoilent, je les prends telles quelles.“

Quelle place occupe la beauté dans ta cuisine ? 

“Elle occupe toute une  gamme de places différentes dans ma cuisine. Cette beauté s’exprime par la manière de dresser une table, par mon goût pour créer des bouquets de fleurs, par la  manière de repasser et de plier les serviettes, choisies en amont ou chinées et gardées. Il y a la beauté de choisir certaines assiettes, certains couteaux, certains verres, de nettoyer soigneusement les ustensiles, les faire briller, leur redonner de l’éclat. Cette beauté-là, celle de dresser un ensemble d’éléments autour d’une table, d’un buffet, d’un apéro, d’imaginer toutes sortes de combinaisons autour de l’alimentation ou de la boisson, est pour moi déjà une beauté primordiale, qui n’a aucun code."

"Elle peut naître d’un tout petit rien, comme d’un ensemble plus fourni et plus sincère selon la situation, le lieu ou l’envie. La beauté d’un plat peut simplement souligner une assiette, elle-même dénichée dans un débarras, chez des amis, dans une  maison de vacances. Il y a de la beauté dans ce qu'on offre, ce qu'on fait déguster, la beauté de tout le parcours qui conduit à concevoir une recette, à trouver les ingrédients, à les cuisiner, à créer l'ensemble. La beauté réside dans le soin qu’on se donne pour nourrir une personne, qui touche à ce qu’il y a de plus inné chez l’être humain, en rapport avec ses essentiels, s’alimenter, respirer, bouger, dormir. La beauté dans la cuisine est une quête qui dit que tout est possible, que la beauté peut se poser où l’on veut, se décrire comme on veut, se transformer, se penser.”  

"J’ai commencé à coudre avec des légumes,  puis j’ai voulu réfléchir à ma créativité, la montrer."

Quel est l’ingrédient en cuisine dont tu ne pourrais jamais te  passer ? 

“Les fruits. Lorsque je mange une pomme avec la peau, j’ai le sentiment d’avoir bonne mine.  La tisane d’artichaut, j’adore ça, et j’aime beaucoup ses qualités drainantes.  Le miel, il soigne tous les maux, brûlures, maux de gorge, besoins de sucre, masques naturels. Colette disait « Le parfum d’une pêche mûre suffit à sauver une journée »”. 

Qu’est-ce qui t’a inspiré à te lancer dans la cuisine ? 

“Je n’ai pas le sentiment de m’être lancée à plein temps dans la cuisine. Je ne fais pas que de la cuisine en soi, ou alors il faut imaginer la cuisine dans un sens très large, parce que je fais énormément de choses différentes sur une journée. Même si je travaille dans le domaine culinaire,  je pense à mille choses qui en forment les contours, des choses qui m’ont toujours habitée, même avant, lorsque je faisais de la couture. Je le dis souvent, j’ai simplement changé de médium. Je ne considère pas qu’aujourd’hui je suis chef et qu’avant j’étais juste couturière. Je fais juste autre chose avec mes mains."

"Tout cela est aussi arrivé à un moment de ma vie  où je me sentais enfermée, où j’avais l’impression que mes idées étaient stoppées, ralenties. Je sais aussi que nous vivons dans un monde qui ne va pas très bien, dans une grande ville où j’ai eu envie d’exprimer la beauté que je vois, celle que je veux transmettre et élever. Parfois, j’ai le sentiment que la ville dans laquelle je vis, malgré sa richesse, laisse la beauté se perdre dans certaines habitudes. Il faut que j’accueille la beauté au quotidien, que je la crée, que je l’offre. Je suis  quelqu’un de généreuse, et pour moi il faut nourrir ce terrain-là. Quand je voyage, je m’étonne  parfois de retrouver ailleurs une beauté qui me touche profondément, une beauté qui s’était un peu éteinte en moi à force d’habitude. Et je ne veux pas accepter ça.”

As-tu une recette fétiche pour la saison et pour les fêtes ? 

“Ma recette fétiche pour la saison, c’est un chocolat chaud au chocolat noir suisse, créé avec Oh My  Cream. Ce que j’aime cuisiner pour les fêtes, ce sont des plats simples, du quotidien, mais portés  par l’excellence des produits et un soin particulier à les sublimer avec de petites touches. Cette année, j’ai envie de travailler autour du  poisson et du lard, un accord que j’aime énormément. J’aime aussi proposer des légumes en dessert. Les veloutés de potiron, les gâteaux au chocolat, la betterave. J’aime les recettes qui font du bien au  corps et qui ont une continuité dans leur manière d’être développées. Par exemple, cuisiner une volaille un jour puis transformer ce qui reste en un bouillon régénérant, servi autrement, avec de  petites pâtes maison, des raviolis, ou un bon fromage. J’aime quand un plat peut devenir une suite d’idées, une déclinaison naturelle. C’est cela qui m’attire.” 

Quelles émotions souhaites-tu véhiculer à travers tes créations gourmandes ? 

“La beauté. Mais cette beauté avec la même manière de penser que Colette :  « Les choses les plus simples donnent la même joie que les plus rares ».” 

Qu'est-ce qui t'inspire quand tu imagines une recette ?

“Ce que j’ai dans ma cuisine à disposition. J’aime laisser que presque toute ma cuisine soit instinctive. Les produits de saison, bien sûr. Les voyages. Les recettes goûtées ailleurs et qui m’ont  plu. Mes livres de cuisine.”  

As-tu un conseil pour les personnes qui aimeraient se lancer dans la cuisine ? 

“« Le travail se mange comme le pain »( Auguste Renoir). Il ne faut surtout pas penser qu’il faut savoir cuisiner pour cuisiner. La cuisine est universelle. Tout le monde cuisine à sa manière, c’est  infini. Je préfère penser qu’il faut cuisiner, c’est tout.”

La sélection de Laszlo

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Retrouvez Laszlo Badet sur ses comptes Instagram @laszlobadet et @cantinelaszlo pour une dose d'inspiration gourmande. 

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